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Le passager clandestin, Mancur Olson (Fiche concept)

Ne vous est-il pas déjà arrivé de profiter des bénéfices d’un travail de groupe ou plus généralement d’une action collective sans en avoir pour autant assumé les coûts associés, de quelque nature qu’ils soient ? Si c’est le cas, vous avez donc été au moins une fois dans votre vie ce « passager clandestin » ou encore ce « free rider » dont il est question dans cette fiche. Si le sens commun postule que des individus partageant des intérêts communs se rassemblent pour les défendre, d’autres jugeront plus rentable de ne pas se mobiliser puisqu’ils profiteront tout autant des gains de l’action collective sans en supporter les coûts. 

Contre la théorie de la main invisible prônant un processus naturel selon lequel la recherche par chacun de son intérêt personnel concourt à l’intérêt général, Mancur Olson (1932-1998) pointe l’existence de défaillances sur le marché liées aux discordances entre rationalité individuelle et collective. Plus particulièrement, dans son livre The Logic of Collective Action (1965), Mancur Olson modélise le « problème du passager clandestin », défaillance qui se produit lorsque ceux qui bénéficient d’une ressource ou d’un service ne le paient pas ou le sous-paient. Par conséquence, le bien ou le service est sous-produit, surutilisé ou encore dégradé. 

Mancur Olson prend l’exemple de la grève dans le contexte des États-Unis. Il part de l’hypothèse selon laquelle les individus sont rationnels c’est-à-dire qu’ils calculent leurs coûts et bénéfices liés au déclenchement d’une action collective. Entre d’un côté, prise de risque, perte de temps, argent investi et de l’autre, augmentation de salaire ou encore meilleur emploi, le calcul est rapide : la tendance est au repli. En effet, à quoi bon subir le coût direct du gréviste (retenues de salaire) alors que le non-gréviste bénéficiera autant des avantages acquis sans avoir participé au mouvement. En cas de réussite de l’action collective, le passager clandestin bénéficie des gains associés ; en cas d’échec, il ne perd rien. L’économiste précise que plus le groupe est grand et plus la tendance est marquée : « Les grands groupes peuvent rester inorganisés et ne jamais passer à l’action même si un consensus sur les objectifs et les moyens existent ». 

Dès lors, la stratégie du passager clandestin suggère l’impossibilité d’une action commune. Pourtant, comment expliquer la persistance de mobilisations collectives ? Mancur Olson propose de résoudre ce paradoxe en introduisant la notion d’« incitation sélective ». Sous la forme de prestations avantageuses accordés aux membres, les incitations permettraient de rapprocher les comportements individuels d’une rationalité de groupe doté d’une volonté collective en diminuant le coût de la participation. L’adhésion à un syndicat aux États-Unis procure par exemple des avantages comme la garantie de l’emploi. Les incitations sélectives peuvent aussi prendre la forme de contraintes. Précisément, dans le système dit du « closed-shop », l’embauche est conditionnée par l’adhésion à l’organisation, évitant alors l’existence de tout passager clandestin. 

Le principal intérêt de ce travail est d’avoir démontré qu’il n’existait pas de lien direct entre l’existence d’intérêts communs dans un groupe et sa force mobilisatrice. Le passage de l’action individuelle à la mobilisation collective tient au caractère structurant des intérêts économiques ou matériels des individus. Alors que Mancur Olson tente d’approcher les raisons mobilisatrices d’une action collective par une analyse essentiellement économique, d’autres tenteront d’élargir la compréhension avec une approche plus sociologique, notamment Albert Hirschman (1970) avec son concept de « frustration relative ». 

Chloé Coudray

 

Références :

Olson M., 1971,  « Logic of Collective Action : Public Goods and the Theory of Groups », Harvard Economic Studies

Trannoy A., 2011, « Mancur Olson : le passager clandestin », La Tribune