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Le mur de la dette (Graphique)

 

Le niveau d’endettement du secteur privé et du secteur public en pourcentage du Produit Intérieur Brut (PIB) n’a cessé de croître depuis le début des années 2000 pour atteindre un total de 233 % du PIB en 2019.

La hausse de l’endettement constatée ces dernières années résulte principalement d’un environnement de taux bas et de politiques monétaires non conventionnelles [i] qui perdure depuis 2012. La baisse des taux d’intérêt entraîne une diminution du coût de l’emprunt. Ainsi, le coût de la dette pour les sociétés non financières (SNF) a diminué, tout comme la charge d’intérêt qui pèse sur la dette publique [ii]. L’emprunt devenant moins cher, les agents sont incités à y avoir davantage recours. Depuis le second semestre 2019, on assiste même à un phénomène nouveau, l’État français et certaines entreprises s’endettent sur les marchés obligataires à des taux d’intérêt négatifs.

Si l’on s’intéresse de plus près à la dette publique, il s’agit de la dette au sens de Maastricht. Cette dette n’inclut pas les titres émis à partir de souches anciennes [iii] qui permettent notamment à l’État d’assurer l’attractivité de sa dette dans un contexte de taux bas. Or, en 2019, 22 % des émissions de dette à moyen et long terme concernent en réalité l’émission de titres à partir de souches anciennes, ce qui représente 53 Mds€. Si l’on intègre ces titres au calcul de la dette, cette dernière représente 101,3 % du PIB fin 2019 (contre 98,1 % pour la dette au sens de Maastricht).

Par ailleurs, près de 35 % de la dette à moyen et long terme des administrations publiques arrivera à échéance en 2023 (soit 599 Mds€).

Le constat est le même pour les SNF. Plus de 32 % des emprunts obligataires émis par les SNF des pays membres de l’OCDE devront être remboursés entre 2020 et 2023. Cela représente une hausse de 25 % par rapport à 2009 [iv].

Fin 2019, les agents économiques privés et publics faisaient donc face à un mur de la dette important, une part non négligeable de leur dette devant être remboursée dans les 3 années à venir. Cela ne pose pas de problème tant que la conjoncture économique reste favorable et que les taux bas sont maintenus. En effet, il suffit de contracter de nouveaux emprunts afin de rembourser la dette qui arrive à échéance. C’est le « roulement de la dette ». Cet équilibre peut néanmoins se révéler instable. Par exemple, le Projet de Loi Finance de 2020 montre qu’une hausse d’1 point de pourcentage des taux courts et des taux longs conduirait à une augmentation de la charge de la dette. Cette hausse représenterait 21 Mds€ additionnels la 10 ème année [v], soit un peu plus de la moitié de la charge de la dette constatée en 2019.

En 2020, les conséquences économiques du COVID-19 vont causer une augmentation du poids de la dette du secteur public et du secteur privé. Le projet de loi de finances rectificative estime que la dette publique représentera 115,2 % du PIB fin 2020. La dette des SNF va également s’envoler ; celles-ci ayant contracté des prêts bancaires à hauteur de 34,2 Mds€ en mars, contre seulement 1,7 Mds€ en février. Pour le moment, la crise n’a pas causé de hausse du coût du financement de l’État français qui reste négatif depuis le début de l’année 2020 (0,07 %). La seule solution, pour repousser le mur de la dette en temps de crise, semble alors résider entre les mains de la BCE qui est contrainte d’acheter toujours plus de dette publique. Solution dont on entend déjà une forte contestation de l’autre côté du Rhin puisque la Cour constitutionnelle allemande a demandé à la BCE de justifier l’alignement du programme de rachat d’actifs lancé en 2015 avec les objectifs de son mandat [vii].

Justine Kermarrec

 

[i] : Principalement le programme d’assouplissement quantitatif qui consiste en l’achat, sur le marché secondaire, d’obligations émises par les États de la zone euro et les institutions européennes.

[ii] : https://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-2020-na86-tauxbas-4mars.pdf (graphique 5)

[iii] : Les titres émis à partir de souches anciennes offrent un coupon, c’est-à-dire un intérêt, qui est supérieur à celui des nouvelles obligations émises par l’État.

[iv] : http://www.oecd.org/corporate/ca/Corporate-Bond-Market-Trends-Emerging-RisksMonetary-Policy.pdf

[v] : https://www.performancepublique.budget.gouv.fr

[vii] : https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/la-cour-constitutionnelleallemande-lance-un-ultimatum-a-la-bce-1200519