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Le halo du chômage (Fiche concept)

En matière d’emploi, un seul indicateur compte, le taux de chômage. Outre les débats théoriques sur ce qu’est le chômage, celui-ci est mesuré en France de deux manières possibles [1], le chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) ou le chômage au sens de Pôle emploi. En début d’année 2020, ces deux indicateurs présentaient pour l’année passée une baisse importante, ce qui n’a pas échappé aux commentateurs politiques et au gouvernement qui ont énormément communiqué sur le sujet. On apprend ainsi que le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a reculé de 3,3% en 2019. Même constat pour l’indicateur de l’INSEE qui passe d’un taux de chômage à 8,9% en décembre 2018 à 8,1% en décembre 2019.

Néanmoins, cette baisse ne serait que l’arbre qui cache la forêt tant la situation de l’emploi ne se résume pas simplement à ce taux de chômage. En effet, l’emploi (les difficultés de celui-ci) est un phénomène plus large, plus hétérogène. Ainsi, les notions de sous-emploi, mal emploi ou de halo du chômage sont à intégrer dans l’analyse de l’emploi en général pour comprendre l’ensemble des mécanismes à l’œuvre. Pour démêler cet ensemble, intéressons-nous ici à ce que l’on appelle le « halo du chômage ».

D’après l’INSEE, plusieurs conditions doivent être validées pour être considéré comme actif inoccupé (chômeur) :

  • être sans travail et en âge de travailler, e ne pas avoir travaillé durant une semaine faisant référence ;
  • être en recherche active d’emploi, e faire des recherches effectives durant les 4 semaines de référence ;
  • être disponible sous 15 jours pour occuper un emploi.

Ces trois critères sont assez restrictifs et une partie de la population désirant travailler en est automatiquement exclue. Les personnes n’étant pas immédiatement disponibles ou n’ayant pas fait de recherche active d’emploi sont donc considérées comme inactives et non comptabilisées dans les statistiques du chômage alors même qu’elles ne sont pas en emploi et souhaitent travailler. Ces personnes forment le halo autour du chômage.

Loin d’être un phénomène anecdotique, le halo du chômage représente en 2018 d’après l’INSEE [2] plus de 1,6 millions de personnes :

  • 45% sont disponibles pour travailler mais ne recherchent pas activement un emploi ;
  • 34% sont non disponibles et ne recherchent pas activement un emploi ;
  • 22% sont non disponibles et recherchent activement un emploi.

Si on ajoutait au taux de chômage au sens du BIT ces individus, celui-ci passerait de 9,1% à 14,6% en 2018 [3]. On voit ainsi que la réalité économique et sociale sur le marché de l’emploi dépend largement des indicateurs que l’on utilise pour la mesurer. Les situations correspondant à ce halo sont, par exemple, des chômeurs en formation ou des chômeurs malades (et donc indisponible sous deux semaines), des parents sans moyen de garde d’enfant ou encore des chômeurs découragés ne recherchant plus d’emploi. Toujours d’après l’INSEE, cette population est majoritairement féminine (57%), avec peu de diplôme (78% avec un niveau bac ou moins).

Finalement, la recherche du plein-emploi avec pour seul indicateur le taux de chômage masque une réalité économique et sociale importante. Celui-ci ne peut donc pas se résumer à un taux de chômage proche des 3 ou 4% puisqu’il ne rendrait pas compte de cette population souhaitant travailler mais invisibilisée du fait de cet indicateur.

Erwan Audren

Relecture par Mathieu Lemoine

[1] Voir graphique 24 février 2019 http://partageonsleco.com/2020/02/24/evolution-du-taux-de-chomage-selon-le-bit-et-pole-emploi-graphique/

[2] Enquête Emploi

[3] Voir INSEE

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